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D'ALAIN ET MARIELLE

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ARTISTES

FRÉDÉRIC PELLERIN


Fpellerin

Né en 1963, Frédéric est angevin. Depuis 1993, il a publié de nombreux textes et critiques dans des revues de littérature, ainsi que des contributions à des ouvrages pédagogiques en tant qu’enseignant conseiller et coordonnateur d’un réseau d’éducation prioritaire.

Il a participé au lancement du Café-sagesse qui se tient actuellement à Angers (à l’Entre-Deux) et intervient comme musicien dans les groupes de chansons à textes Memento Mori  et Bergère trio.

Les poèmes qui suivent sont extraits de son ouvrage :
D’aubaines et de miettes - Carnet d’un voyage au Japon
paru aux éditions Gros Textes de l'association Rions de Soleil 05380 Châteauroux-les-Alpes.
grostextes.over-blog.com
Disponible également dans les librairies d'Angers (49)

« Le voyageur est une source continuelle de perplexités. Sa place est partout et nulle part. Il vit d’instants volés, de reflets, de menus présents, d’aubaines et de miettes.» écrit Nicolas Bouvier dans sa Chronique japonaise.


Au Nord du Honshu

Ne rien retenir
Tout laisser filer
Voyager

Traverser la plaine de Tokyo
Vers les montagnes
Quitter peu à peu
La plus grande cité du monde
A la rencontre d’un Japon sans âge

Rizières d’un vert intense
Contre les forêts de pins
Quelques bouquets de bambous

Couvertes de forêts
Les collines arrondies de Nikko
Se perdent dans les nuages

En route vers la cascade Urami

Petit Bouddha de pierre
Assis sur un rocher
Couvert de mousse
A ses pieds
Quelques pièces

Herbes flottantes sur le chemin
On marche sur la mousse
Dans la chaleur humide

Au sommet du col
Sifflements d’oiseaux
La pluie perle sur les feuilles

Thé glacé
Sous un préau de chaume
Au milieu des rizières

Quatre vingt huit marches
Pour atteindre le temple
Solitude au milieu des pins

Tintement de la cloche et du grelot
Après l’offrande
Pour attirer les dieux

Odeur sucrée de la fougère
A l’orée du bois
Ne pas être ailleurs

Rester ici
Passer l’hiver
Attendre le printemps

Un paysan couvert d’une cape de paille
Marche sous la pluie
Au bord de la route quatre cents

Petit marché à l’intersection de deux routes
La soupe aux champignons rares
On ne la paye pas

Au minshuku(1)

Enlever ses chaussures en entrant
Enfiler des sandales
Les ôter au seuil de la chambre
Les remettre pour sortir
Les ôter de nouveau
Et en remettre une autre paire
Pour entrer aux toilettes

Après avoir fait glisser les fusumas (2)
Se retrouver dans la chambre
Avec les sandales des toilettes

S’appliquer
Prendre soin de tout
Se japoniser

Futons et table basse
Rien d’autre qu’une cascade
Pour apaiser la nuit

Au-delà des shojis (3) en bois et papier
Ouverts sur le balcon
Le bruit du torrent

Tableau abstrait accroché au mur
Grosse lampe rouge et sirène
Une alarme à séisme

Au réveil
Attention aux toilettes chauffantes
Réglées à fond
Et au linteau d’un mètre soixante

On se lave les mains
Avec l’eau du petit robinet
Qui coule dans la chasse

Montagnes dans la brume
Mille gouttes sonores
Sur l’eau du lac

Le gong résonne
Trois coups
Au bord du Chuzenji

Pique-nique sous la bruine
Un vieux couple installé là
Pour l’éternité

Pluie chaude
Sourires courtois
Sur le chemin qui mène aux temples

A l’onsen (4) public de Yumoto
On vient se tremper les pieds
Sous le préau coiffé de tuiles
A l’abri de la pluie

Service digne d’un quatre étoiles
Dans une cafétéria
Des faubourgs d’Aizu

En gare de Kitakata
Montrer son billet au guichetier
Pour atteindre le quai

Milliers de distributeurs de boisson
A la ville
Comme à la campagne

Dans les gares et les restaurants
Dans les hôtels et les épiceries
Mangas en pagaille ordonnée

Là encore
Aucune clé
Aux portes de l’auberge

Pinces à linge en grappes
Pendues à la barre de bois
Qui traverse la chambre

L’écoulement d’une gouttière
Empêche le sommeil
Du voyageur épuisé

Quatre tasses de thé vert
Gracieusement offertes
Dans un ryokan (5) en bois
Du lac Inawashiro Ko

Face au vent du large
Les deux pieds enfoncés
Dans le sable du Pacifique

Plage de Nagasaki
Des oyabuns exubérants
Donnent des ordres
A leurs kobuns
Qui s’exécutent docilement (6)

Plus à l’Ouest
Tremblement de terre
Pluies torrentielles
Glissements de terrain

Sur terre
Pas assez de place
La route exécute l’océan

Feux rouges et croisements
Limitation à cinquante
Interdiction permanente de doubler

Plus de mille kilomètres parcourus
Sans radar
Ni police

 

Au love hôtel (7)

Tout pour le sexe
Chez « You and me »

Dans les chambres
Pas de fenêtre
Mais karaoke
Machine à sous
Distributeur de godes

Le gérant
Légèrement ivre
Offre une pêche
Coupée en morceaux
A ses clients étrangers

En quête
De toutes les différences
Les yeux du voyageur

japon

Réalisation du plasticien Matt Mahlen

 

1 Pension de famille à prix économique
2 Portes coulissantes
3 Cloisons
4 Source d’eau chaude d’origine volcanique
5 Auberge
6 Dans le système très hiérarchisé de la pègre japonaise, les kobuns doivent loyauté et services aux oyabuns contre leur protection
7 « Hôtels d’amour » réservés aux couples qui n’ont pas chez eux l’intimité nécessaire à leurs ébats

 

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