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D'ALAIN DELAYE

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JEAN DE LA CROIX

LA NUIT OBSCURE

Commentaire de la nuit obscure

Le poème de la Nuit obscure a été composé par Jean de la Croix au couvent du Calvario, sans doute peu après son évasion nocturne du cachot de Tolède, fin 1578. Au niveau des images, il raconte l'échappée d'une femme qui, à l'appel de l'amour, quitte sa demeure pour aller retrouver son amant et s'unir à lui. Cette sortie a lieu au coeur de la nuit, et l'union des amants réalisée laisse place, dans la lumière de l'aube, à la paix du désir comblé.
En fait, Jean de la Croix utilise dans son poème des métaphores discrètement érotiques pour évoquer une union mystique moins fugitive que celle des corps. Son commentaire - dans la Montée du Carmel et la Nuit Obscure - interprète le poème comme un itinéraire spirituel de l'âme en quête de son Dieu. Vu sous cet angle, il fait l'objet d'une relecture :
Les quatre premières strophes chantent l'échappée de l'âme qui sort de chez elle, de la maison désormais apaisée de ses désirs et de ses tourments. Elle sort de nuit, en l'absence de toute clarté vaine, guidée par la seule lumière qui brille dans son coeur.
Le début du poème balise le chemin du détachement actif et passif, mais vu par quelqu'un qui l'a déjà parcouru et a quitté l'obscurité pour la lumière, ne retenant que le positif de l'aventure.
Les quatre dernières strophes chantent l'union à Dieu, la transformation effectuée et la paix obtenue, grâce à la nuit.

Chansons de l'âme qui se réjouit d'avoir atteint
le haut état de perfection qui est l'union avec Dieu
par le chemin de la négation spirituelle.

1. Par une nuit obscure,
enflammée d'un amour plein d'ardeur,
ô l'heureuse aventure,
j'allai sans être vue
hors de ma maison apaisée.

2. Dans l'obscur et très sûre,
par l'échelle secrète, déguisée,
ô l'heureuse aventure,
dans l'obscur, en cachette,
ma maison désormais apaisée.

3. Dans cette nuit heureuse,
en secret, car nul ne me voyait,
ni moi ne voyais rien,
sans autre lueur ni guide
sinon celle qui en mon coeur brûlait.

4. Celle-ci me guidait,
plus sûre que celle de midi
au lieu où m'attendait,
moi, je savais bien qui,
à un endroit où nul ne paraissait.

5. Ô nuit qui a conduit,
ô nuit plus aimable que l'aurore,
ô nuit qui a uni
l'ami avec l'aimée,
l'aimée en son ami transformée.

6. Contre mon sein fleuri
qui entier, pour lui seul, se gardait,
il resta endormi,
moi je le caressais
et l'éventail des cèdres l'éventait.

7. L'air venant du créneau,
quand mes doigts caressaient ses cheveux,
avec sa main légère
à mon cou me blessait
et tenait en suspens tous mes sens.

8. En paix je m'oubliai,
le visage penché sur l'ami.
Tout cessa, je cédai,
délaissant mon souci,
parmi les fleurs de lis oublié.

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