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D'ALAIN DELAYE

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TEXTES ET COMPTES-RENDUS DES CAFÉS SAGESSE


LA BEAUTÉ EST UNE PORTE D'ACCÈS À SOI

Ignorer l'émotion esthétique serait se priver d'une porte d'accès à soi essentielle. Elle seule peut nous faire entrevoir un immense pan de nous-mêmes que la vie familiale ou sociale ne connaît pas. Mieux, le contact avec la beauté nous livre à nous-mêmes en entier, et non par bouts comme le quotidien ordinaire. C'est la fameuse intuition d'Emmanuel Kant à la fin de sa vie quand soudain, contemplant une branche d'arbre se balançant devant sa fenêtre, il réalise que le choc provoqué par la beauté le saisit tout entier...

Cela n'arrive pas tous les jours, mais nous avons tous connu de telles émotions en écoutant une musique, en contemplant un paysage ou un visage, en respirant un parfum… Nous étions en train de courir ou de surfer sur Internet, de nous griser de la comédie humaine, nous n'étions pas vraiment là, et brusquement nous voilà à 100% présents, traversés de la tête au pied par quelque chose qui nous dépasse. Nous pourrons toujours ensuite, tenter d'analyser ce qui s'est passé, mais le fond nous échappera. L'émotion esthétique, la vraie, le choc, permet d'éviter ce travers contemporain qui est de croire que l'on peut tout prévoir et expliquer. Être saisi par la beauté, c'est apprendre à aimer sans expliquer, et cela nous fait beaucoup de bien.

Kant appelle «"beauté adhérente"» celle qui dépend de sa conformité à des critères culturels. C'est la plus courante. J'aime telle musique, telle architecture parce qu'on m'a appris que c'était beau. Mais la grande émotion, la vraie, celle qui nous procure un choc esthétique transcendant, celle-là échappe à tout critère. Quand la beauté me dépasse, je sors du mimétisme, et j'apprends à faire confiance à ce que je ressens. Kant la nomme «"beauté libre"»…

L'émotion esthétique de la beauté libre"» est celle qui fait émerger à l'intérieur de moi une harmonie globale, une paix, une joie qui me rassemble, une plénitude qui me réconcilie avec moi-même.

Charles Pépin

Compte-rendu du café sagesse sur la beauté

Voici quelques échos de nos récentes rencontres à Angers et Bouchemaine.

Notre réflexion, qui s'est appuyée sur un texte de Charles Pépin consacré à la beauté, a pris à partir de là plusieurs directions. Certains d'entre nous ont été plus sensibles au caractère singulier de l'expérience esthétique qui est personnelle à chacun, même si après coup on tente de la partager. D'autres ont insisté sur le fait que cette expérience est conditionnée par notre environnement familial et social, et que notre sensibilité, notre goût, se forme à travers de multiples contacts.

La perception de la beauté, a-t-on dit aussi, est liée à notre capacité d'être présents aux êtres et aux choses. Si nous leur étions présents à 100%, nous trouverions toutes choses belles, même les plus simples. Un haïku japonais dit bien cela":
Quelle merveille, quel mystère,
Je porte l'huile, je puise l'eau.

Plusieurs d'entre nous ont fait état d'expériences de ravissement en écoutant une musique, un chant, en contemplant un fruit disséminant ses graines, en admirant un chat vivant, harmonieux, une statue à la plastique parfaite, un lever de soleil sur des dunes. La beauté, alors perçue de manière très vive, fait appel à un ressenti profond qui transcende les critères esthétiques habituels, socialement reconnus.

Il a été dit qu'il y avait des degrés dans l'intensité de l'émotion esthétique, et même, c'est un paradoxe, que la vision de l'horreur pouvait aussi être intense. Intense et destructrice. Que l'on pense à Auschwitz qui a non seulement détruit des êtres mais provoqué, des années après, des suicides. Pourtant des êtres, comme Etty Hillesum, ont surmonté ces moments d'horreur en retrouvant un sentiment fort de la beauté et de la bonté de la vie.

Une remarque a été faite sur le temps de la beauté": le «"kairos"», que les Grecs distinguent du «"chronos"»": le temps des montres et des calendriers qui se déploie de manière linéaire, uniforme. Le «"kairos"» est le moment exceptionnel de la rencontre du vrai, du beau, le temps de l'illumination subite, de l'éveil diraient les bouddhistes", «"un moment d'éternité"» dit Etty Hillesum.

Quelqu'un a rappelé ce vers du poète Keats":
Une chose belle est une joie pour toujours… (A thing of beauty is a joy for ever)

Quelqu'un d'autre le livre de François Cheng": Cinq méditations sur la beauté.

Certains se demandaient au départ si l'on allait pouvoir parler longuement de la beauté qui relève souvent d'un sentiment indicible, difficile à communiquer. Mais nous l'avons fait agréablement et aurions pu le faire plus longtemps. Sans doute, en ces temps de morosité et de crise où les médias sont le plus souvent porteurs de tristes nouvelles, le fait de parler de beauté nous fait du bien. Mais nous avons pris du recul aussi avec une attitude de déni qui se voile la face devant le tragique de nos vies et proclame dans une euphorie artificielle et fatigante que «"tout le monde est beau et tout le monde gentil"».

Voici, pour terminer en beauté, un texte extrait des Carnets de Jean Daniel qui prolongera la réflexion":
"L'admiration élève, elle gonfle la poitrine en expulsant de tout l'être l'amertume, le ressentiment et l'envie, ces trois bassesses de l'âme qui nous guettent et nous assiègent avec le temps. L'admiration lave de fraîcheur jusqu'aux âcres relents de l'égocentrisme. Ce que, ceux que, j'admire sont nécessairement extérieurs à l'ego, plus grands que lui... L'admiration est le vrai substitut de l'espérance. Mais avec le temps, l'admiration devient plus exigeante. Mais oui, - oui, je le crois, je le vis, c'est en admirant qu'il peut nous arriver de participer à cette beauté éternelle où l'on peut trouver parfois une vérité avec la mort, et contre elle. Ce sont cette vérité et cette beauté qui, après nous avoir nourris de leur souffle amoureux, peuvent nous aider, en s'éloignant, à les quitter, non dans la révolte enténébrée, mais - qui sait - dans une petite lumière de consentement."»


ACCEPTER

Accepter, ce n'est pas dire «"tout est bien"». Cela c'est l'approbation. Mais tout est là, tout est déjà là"».

Nous n'avons pas besoin d'aimer une pensée, une situation, une personne, ou une expérience pour les accepter. Pas besoin d'aimer, juste d'admettre que cette pensée, cette situation, cette personne ou cette expérience sont là"; elles existent, elles sont déjà dans ma vie, et il va me falloir composer et avancer avec elles

L'acceptation c'est le degré supérieur du lâcher prise. Car elle est, plus qu'un comportement, une décision existentielle et une philosophie de vie, une attitude durable et réfléchie devant le monde et le cours de nos jours. Dans le lâcher prise, il y a la notion de renoncement": on arrête de se débattre. Dans l'acceptation, il y a une intention de rester présent dans l'action, mais différemment": dans la lucidité et le calme. A chaque chose qui advient on commence par dire": «"Oui. C'est là, c'est déjà là. Alors oui."» C'est l'accueil sincère et complet du réel tel qu'il se présente à nous.

Mais cet accueil par le oui ne signifie en rien une résignation ou un renoncement à agir ou à penser. C'est juste une des deux phases de ce mouvement régulier de notre esprit, comme une respiration de l'âme": acceptation (de ce qui est) puis action (sur ce qui est advenu). Et ainsi, encore et toujours, jusqu'à la fin… Au bout d'un moment d'ailleurs, cela devient une seconde nature. Il n'y a plus à faire des efforts d'acceptation": elle est devenue une capacité intérieure discrète et silencieuse.
Christophe André, Méditer jour après jour

Compte-rendu du café-sagesse sur l'acceptation

La lecture du texte de Christophe André a suscité des interrogations, parmi lesquelles une question qui revient souvent lorsqu'on parle d'acceptation": «"Peut-on accepter l'inacceptable"? N'y a-t-il pas des choses, des situations, des événements à propos desquels il convient de s'indigner, de réagir"?

La question est bien sûr légitime et pour y répondre nous sommes revenus au texte de Christophe André pour qui l'acceptation n'est pas l'approbation. Accepter c'est dire oui à ce qui est, à ce qui est arrivé et qui est irréversible. C'est le reconnaître, ce n'est pas l'approuver.

L'un de nous a insisté sur la distinction à faire entre l'acceptation et la résignation. Accepter, c'est accepter que les choses soient ce qu'elles sont, qu'elles existent, sans se voiler la face, sans fuir. C'est une attitude réaliste qui débouche sur l'action lorsque celle-ci est possible. Alors que la résignation ne fait que baisser les bras.

Il a été dit que l'acceptation est le contraire du déni, et pour concrétiser ce qu'est celui-ci nous avons évoqué le déni de grossesse et le processus de deuil.

Le déni de grossesse est pour une femme enceinte de ne pas avoir conscience de l'être car existe un refus (inconscient) de l'enfant qu'elle porte. Ce refus s'inscrit physiquement en elle si bien que son ventre ne grossit pas ou peu et, s'il perdure jusqu'à la naissance, il peut avoir des conséquences graves pour la mère qui subit l'accouchement et pour l'enfant dont la venue n'est pas attendue ni préparée.

Deux cas ont été évoqués":  celui d'une jeune femme obèse dont la maternité n'était pas apparente et qui, prise de douleurs abdominales, fut conduite en urgence pour être opérée. Evénement inattendu": elle accoucha, et une prise en charge psychologique s'imposa. Autre cas évoqué": celui d'une jeune femme légèrement arrondie mais niant vigoureusement et sincèrement d'être enceinte, négation qui ne résista pas à un examen médical.

Autre forme de déni": le refus d'accepter la mort d'un être cher. Un processus de deuil se met alors en marche, processus qui doit franchir plusieurs étapes":
- Le choc, l'incrédulité ou la colère
- le déni, la fuite
- le détachement, la déstructuration
- l'acceptation, la restructuration

Pour passer du refus à l'acceptation qui permet de se reconstruire, cela peut prendre des mois et demande un «"travail de deuil"» dit Freud qui a inventé l'expression. L'entourage de la personne endeuillée peut l'y aider": l'aider à retrouver avec la personne disparue une relation intérieure positive, et aussi à réinvestir d'autres relations.

Dans le même ordre d'idée, il a été dit que l'acceptation de la mort, pour soi cette fois, est bénéfique et aide à mieux vivre. S'accepter mortel, prendre conscience que la vie n'est pas indéfiniment durable, c'est accepter la réalité jusque dans ses ultimes conséquences et se rendre capable de relativiser des pertes plus bénignes.

Mais cette acceptation de la mort, a-t-il été remarqué ne peut se réduire à un simple consentement intellectuel. Elle ne peut être sérieuse que vécue en situation, dans un contexte de réel danger, comme l'a vécue par exemple Etty Hillesum avant de partir pour Auschwitz. Alors, en effet, l'adage énoncé par Platon et Montaigne": - Philosopher c'est apprendre à mourir - prend toute sa valeur. Il n'est pas le fruit d'un esprit morbide ou suicidaire, mais la prise de conscience d'une réalité incontournable": cette vie a une fin. Elle n'est pas faite pour durer toujours. Et donc, vivons-la au mieux, avec le maximum d'attention et d'intensité possible. Memento mori. Carpe diem - Souviens-toi que tu es mortel. Mets le jour d'aujourd'hui à profit"- disaient les sages latins.

On a aussi fait remarquer que le deuil peut concerner un décès mais aussi d'autres pertes": la santé, un emploi, un bien important… Mention a été faite d'une personne qui n'a jamais accepté d'avoir un cancer et donc de se soigner en conséquence. L'une d'entre nous a évoqué la facilité apparente avec laquelle elle avait accepté la maladie de sa mère pour se rendre ensuite compte que les choses n'étaient pas aussi simples et que son acceptation de départ devait être renouvelée, renforcée, et lui demandait un véritable travail sur elle-même.

Mais l'acceptation a-t-il été dit aussi ne concerne pas que les réalités désagréables. On peut aussi refuser la vie dans ses saveurs, ses appétits, ses joies. Un certain ascétisme, voire un dolorisme, le plus souvent véhiculés par des courants religieux, ont travaillé à répandre et justifier ce type de refus en entretenant à l'égard des plaisirs de la vie une culpabilité que la liste des péchés capitaux en vigueur au Moyen Age illustre bien.

L'incapacité d'accepter peut aussi prendre la forme du refus de l'étranger, du racisme, de la xénophobie. Ont même été évoqués les cas de deux arbres plantés pour commémorer des événements, qui ont été sciés à la base": l'un à Angers, l'autre à Bouchemaine. Au refus de ce qu'ils symbolisaient s'est ajoutée ici une haine de la nature.

Ces exemples, quoique concernant des cas particuliers, font entrevoir l'importance de l'acceptation dans la vie. Christophe André et des spirituels de diverses traditions y voient une voie de sagesse. Elle consiste à regarder en face ce qui existe et à dire oui à tout ce qui advient. Non pour s'y résigner, mais pour donner une base réaliste et efficace à l'action.

Restent des situations où celle-ci n'est plus possible": une maladie inguérissable, une perte irréparable, une persécution inévitable… Ce dernier cas a été vécu par Etty Hillesum qui, face à la persécution nazie contre laquelle elle se sentait impuissante, écrivait":"«"Les gens ne veulent pas l'admettre": un moment vient où l'on ne peut plus agir, il faut se contenter d'être et d'accepter… C'est une force et c'est une grande force. Mais pour moi, pas pour les autres."»

La dernière phrase du texte de Christophe André a enfin suscité des remarques. «"Au bout d'un moment, l'acceptation devient une seconde nature. Il n'y a plus à faire d'efforts": l'acceptation devient une capacité intérieure et silencieuse."» Certains ont relevé que pour eux cet idéal est bien lointain. D'autres qu'il n'est pas inaccessible mais demande de l'entraînement. La pratique de l'acceptation, lorsqu'elle est faite au quotidien, forge une habitude qui la rend plus facile.

Voici pour prolonger ce compte-rendu une lettre de Svâmi Prajnânpad adressée à une Indienne qui lui demandait conseil":

Ashram de Ranchi, le 23 septembre 1970
Bénédictions, Acceptez, o Ma, acceptez !  Que veut dire accepter ? Adopter, prendre possession, faire disparaître tout caractère étranger. En d'autres termes, dire "oui " et pas "non". Comment ? Voyez : quelque chose arrive, quelqu'un dit ou fait quelque chose. Alors vous, que faites-vous ? Mais avant de faire, que devez-vous voir ? Que quelque chose est "arrivé": quelqu'un a parlé, a fait quelque chose. Voyez seulement cela : quelque chose est arrivé. Quand un événement s'est déjà produit, rien d'autre n'est possible. Vous devez voir que ceci est arrivé et que c'est ceci même qui est arrivé. Le voir ainsi, le sentir ainsi et dire "oui, c'est ainsi", c'est cela prendre possession. Acceptez ! Car il n'y a rien d'autre. Il ne reste aucune autre possibilité.

Prenez les choses sous un autre angle : "Je n'aime pas que les choses soient ainsi". Très bien, alors abandonnez-les, débarrassez-vous en. Si vous ne pouvez pas le faire, quel est le remède ? Prenez-en possession ! Il n'y a pas d'autre alternative. Si vous ne pouvez pas les abandonner, prenez et acceptez. "Oui, c'est ainsi". Appliquez cela, tout le temps, à toutes les situations. Ainsi vous aurez le cœur et l'esprit en paix. A la racine de toutes les difficultés, il y a "non". Dire "non" et, en même temps, vivre avec l'objet de son refus, n'est-ce pas contradictoire Ma"? Acceptez et si, après avoir accepté, il y a quelque chose à faire, faites au mieux dans la mesure de votre compréhension et de vos forces et alors acceptez de nouveau : "C'est tout ce que je pouvais faire et je l'ai fait. Que ce qui doit arriver, arrive. Je n'ai plus rien en mon pouvoir. En faire plus m'est impossible." Détendez-vous, soyez sans souci. Pourquoi seriez-vous troublée ? Vivez en paix. Acceptez. Ne laissez pas le "non" entrer dans votre vie. Soyez et acceptez. Aucun refus !


Ceux d'entre vous qui désireraient approfondir ce thème de l'acceptation peuvent le faire en lisant le livre d'Alain Delaye, Dire oui à ce qui est. Svâmi Prajnânpad, sa vie, son message (Accarias-l'Originel – 2013).


VERS LA SOBRIÉTÉ HEUREUSE


Quelle planète laisserons-nous à nos enfants"?
Quels enfants laisserons-nous a la planète"?

La planète Terre est à ce jour la seule oasis de vie que nous connaissons au sein d'un immense désert sidéral. En prendre soin, respecter son intégrité physique et biologique, tirer parti de ses ressources avec modération, y instaurer la paix et la solidarité entre les humains, dans le respect de toute forme de vie, est le projet le plus réaliste, le plus magnifique qui soit.

Le mythe de la croissance indéfinie

Le modèle industriel et productiviste sur lequel est fondé le monde moderne prétend appliquer l'idéologie du «"toujours plus"» et la quête du profit illimité sur une planète limitée. L'accès aux ressources se fait par le pillage, la compétitivité et la guerre économique entre les individus. Dépendant de la combustion énergétique et du pétrole, dont les réserves s'épuisent, ce modèle n'est pas généralisable.

Le désastre de l'agriculture chimique

L'industrialisation  de l'agriculture, avec l'usage massif d'engrais chimiques, de pesticides et de semences hybrides, et la mécanisation excessive, a porté gravement atteinte à la terre nourricière et à la culture paysanne. Ne pouvant produire sans détruire, l'humanité s'expose à des famines sans précédents.

Humanitaire à défaut d'humanisme

Alors que les ressources naturelles sont aujourd'hui suffisantes pour satisfaire les besoins élémentaires de tous, pénuries et pauvreté ne cessent de s'aggraver. Faute d'avoir organisé le monde avec humanisme, sur l'équité, le partage et la solidarité, nous avons recours au palliatif de l'humanitaire. La logique du pyromane pompier est devenu la norme.

Déconnexion de l'humain et de la nature

Majoritairement urbaine, la modernité a édifié une civilisation «"hors sol"», déconnectée des réalités et des cadences naturelles, ce qui ne fait qu'aggraver la condition humaine et les dommages infligés à la terre.

Au Nord comme au Sud, famine, malnutrition, maladie, exclusion, violence, mal être, insécurité, pollution des sols, de l'eau, de l'air, épuisement des ressources vitales, désertification, etc., ne cessent de croître. Ces constats interpellent très fortement nos consciences, en appellent à notre responsabilité et nous invitent à agir d'urgence pour tenter d'infléchir des évolutions qui rendent notre avenir et celui des générations futures de plus en plus incertain.

Sobriété heureuse

Face au «"toujours plus"» indéfini qui ruine la planète au profit d'une minorité, la sobriété est un choix conscient inspiré par la raison. Elle est un art et une éthique de vie, source de satisfaction et de bien-être profond. Elle représente un positionnement politique et un acte de résistance en faveur de la terre, du partage et de l'équité.

Pour que les arbres et les plantes s'épanouissent, pour que les animaux qui s'en nourrissent prospèrent, pour que les hommes vivent, il faut que la terre soit honorée.

Pierre Rabhi, Charte internationale pour la terre et l'humanisme
Vers la sobriété heureuse (Actes Sud – 2010)

Compte-rendu du café sagesse sur la sobriété heureuse

Suite à la lecture de texte de Pierre Rhabi, dont nous avons reconnu globalement la pertinence et le bon sens, nous nous sommes partagés en groupes ayant sur le fond du problème qu'il soulève un ressenti différent.

Certains, soulignant la justesse du procès qu'il fait de notre humanité gaspilleuse, polluante, imprévoyante… ont pensé que l'on pouvait et devait réagir dans le sens qu'il indique d'une sagesse économe des ressources de la planète, solidaire des humains qui l'habitent et soucieuse du bonheur possible.

D'autres on dit que sa critique était trop négative et ne prenait pas en compte les multiples efforts qui naissent depuis un certain temps pour un meilleur respect de l'environnement et une solidarité accrue entre les hommes. Ou qu'elle était trop moralisante, trop culpabilisante.

A quoi d'autres ont répondu qu'il s'agit d'un constat assez objectif et que ce n'est pas son analyse qui est culpabilisante mais ce qu'elle dénonce": le gaspillage, l'imprévoyance, l'irresponsabilité…

D'autres enfin ont dit que ses propositions étaient idéologiques, utopiques, son colibri inefficace devant l'ampleur des dégâts, et que dans l'état actuel des choses son appel à un réveil des conscience ne ferait pas le poids face au rouleau compresseur de la société consumériste, productiviste et capitaliste dans laquelle nous vivons.

Par ailleurs, dans le texte proposé à notre réflexion, certains ont fait remarquer qu'un élément important n'était pas signalé": le problème démographique qui fait que nous allons à court terme vers une surpopulation que la terre ne pourra pas nourrir.

P.Rhabi, il est vrai, pense que la terre aujourd'hui peut encore nourrir l'humanité, et que si elle ne le fait pas, la cause réside non dans un manque de ressources mais dans une absence de solidarité et d'esprit de partage.

L'idée a été émise enfin qu'il faudrait peut-être oublier les propos dénonciateurs qu'il tient pour imaginer un monde différent et un avenir plus joyeux, en faisant confiance à la vie qui saura bien trouver les moyens de sortir de ses problèmes.

Remarque faite alors": Mais concrètement, que proposez-vous"? En se privant de l'analyse lucide et de l'action, n'est-on pas en train de rêver ou de faire de la science-fiction"?

On a alors remarqué que P.Rabhi n'est pas un penseur passéiste rêvant de retourner à l'ère pré-industrielle. Il propose d'utiliser toutes les avancées techniques. Mais pas n'importe comment, avec la seule préoccupation du profit. Il n'est pas non plus un ascète préconisant un idéal de privations. Pour lui, des plaisirs simples et même des extras festifs sont légitimes. Mais la recherche d'un luxe onéreux ne va pas dans le sens de la sobriété qu'il préconise.

Par ailleurs, il a été dit qu'il n'est pas un technocrate, un intellectuel de bureau, et ce qu'il dit ne doit pas être isolé de ce qu'il fait. Son analyse globale de la situation dans laquelle nous nous trouvons ne doit pas être séparée de son action sur le terrain qui s'est révélée efficace en France mais aussi au Burkina Faso, au Mali, au Niger…

Pour ce qui est de la France, des exemples de réalisations respectueuses de la terre et du lien social ont été donnés par plusieurs d'entre nous qui les ont approchées.
Certains ont parlé des Amanins, (dans la Drôme) où ils sont allés": lieu d'expérimentation et de rencontres agro-écologiques qui illustre bien les thèmes développés par Pierre Rabhi": construction écologique, respect des ressources, gestion des déchets, renforcement du lien social…
On a parlé de l'Arche-saint-Antoine, centre de rencontres fondé par Lanza del Vasto et animé par une communauté qui vit au quotidien des valeurs de respect de l'environnement, de convivialité et de non-violence.
On a évoqué aussi, à échelle plus modeste, les actions menées par des municipalités et des particuliers autour du jardinage (jardins ouvriers, jardins partagés…) et de celles que chacun peut mettre en place chez lui dans un esprit citoyen et le souci du bien commun": actions concernant l'utilisation de l'eau, la gestion des déchets, la manière de se déplacer…
Tout ceci montrant que les propositions de Pierre Rabhi ne sont pas que des vœux pieux, mais qu'elles font leur chemin dans l'esprit et la vie de nombreuses personnes.

Question gênante": la sobriété heureuse peut-elle être proposée à tout le monde"? Aux Chinois, aux Indiens par exemple, ou à d'autres populations pauvres qui n'ont jamais connu une quelconque abondance et y aspirent fortement"?  N'est-ce pas une sagesse pour gens nantis ou connaissant au moins une certaine sécurité et un certain confort"?

Peut-on la proposer à des jeunes, à des ados, à des enfants qui vivent une période de croissance où les désirs sont forts et nombreux. L'une d'entre nous a fait mention de la liste impressionnante de cadeaux que son petit-fils souhaite voir le Père Noël lui apporter.

Par ailleurs, comme il a déjà été dit, militer pour la sobriété heureuse c'est s'opposer à l'avidité et à la violence qui animent une large part des humains. C'est le combat du pot de terre contre le pot de fer. Ce combat n'est-il pas perdu d'avance"?

Ces propos sont démobilisateurs a-t-il été remarqué. Pour l'instant le combat n'est ni perdu ni gagné. La question est de savoir s'il vaut la peine de le mener. Le message de la Bhagavad Gîtâ mérite ici d'être rappelé. Il invite à mener des actions justes en se détachant des fruits de l'action qui sont toujours incertains. Or il semble bien que les lignes de conduite proposées par Pierre Rhabi sont raisonnables et des plus justes. Indépendamment des résultats escomptés, elle font un pari sur la vie, la justice, la paix, un pari qui mérite d'être fait et qui apporte déjà une certaine harmonie. N'y aurait-il pas là un élément essentiel de son message": la sobriété ne fait pas qu'attendre et préparer le bonheur, bien acceptée, bien vécue, elle est déjà du bonheur.

LE COLIBRI


Un jour, un grand incendie se déclare dans la forêt…
Tous les animaux, terrifiés, observent impuissants ce désastre.
Seul le petit colibri, aussi frêle que déterminé, s'active en allant chercher quelques gouttes d'eau dans son bec, qu'il jette sur le feu, recommençant son manège sans relâche.
Au bout d'un moment, le tatou agacé par cette activité à ses yeux inutile, lui dit":
- « Colibri"! Tu n'es pas un peu fou"? Ce n'est pas avec ces gouttes d'eau que tu vas éteindre le feu. »
- « Je le sais, répond le colibri, mais je fais ma part. »

colibri

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