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chez Alain Delaye

A L’ÉCOUTE DES SAGES

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MARC-AURÈLE

Le temps de la vie de l'homme, un instant ; sa substance, mouvante ; ses sensations, vagues ; l'assemblage de tout son corps, facilement décomposable ; son âme, un tourbillon ; son destin, difficilement conjecturable ; sa renommée, une vague opinion. Pour le dire en un mot, tout ce qui est de son corps est eau courante ; tout ce qui est de son âme, songe et fumée. Sa vie est une guerre, un séjour sur une terre étrangère ; sa renommée posthume, une forme d'oubli. 

Qu'est-ce donc qui peut nous guider ?

Une seule et unique chose : la sagesse. Et la sagesse consiste en ceci : à veiller à ce que le génie qui est en nous reste sans outrage et sans dommage, et soit au-dessus des plaisirs et des peines ; à ce qu'il ne fasse rien au hasard, ni par mensonge ni par faux-semblant ; à ce qu'il ne s'attache point à ce que les autres font ou ne font pas. Et, en outre, à accepter ce qui arrive et ce qui lui est dévolu, comme venant de là d'où lui-même est venu. N'estime jamais comme utile à toi-même ce qui t'obligera un jour à transgresser ta foi, à quitter la pudeur, à concevoir de la haine pour quelqu'un, à suspecter, à maudire, à dissimuler, à désirer ce qui a besoin de murs et de tentures. L'homme qui, avant tout, a opté pour sa raison, son génie et le culte dû à la dignité de ce génie, ne joue pas la tragédie, ne gémit pas et n'a besoin ni d'isolement ni d'affluence. Suprême liberté : il vivra sans rechercher ni fuir quoi que ce soit.


Le petit métier que tu as appris, aime-le et donne-lui tout ton acquiescement. Le reste de ta vie, passe-le en homme qui, de toute ton âme, compte sur les Dieux pour tout ce qui le concerne, et ne se fait le tyran ni l'esclave de personne.


Creuse au-dedans de toi. Au-dedans de toi est la source du bien, et une source qui peut toujours jaillir, si toujours tu creuses.


Lorsque tu as fait du bien et qu'un autre y a trouvé son bien, quelle troisième chose recherches-tu en outre, comme les insensés ? Passer pour avoir fait du bien ? Être payé de retour ?


Ce concombre est amer, jette-le ; il y a des ronces dans le chemin ; évite-les. Cela suffit. N'ajoute pas : "Pourquoi cela existe-t-il dans le monde ?"


Ne te borne pas seulement à respirer avec l'air qui t'environne, mais à penser désormais avec l'intelligence qui imprègne tout. La force intelligente, en effet, n'est pas moins répandue partout, et ne s'insinue pas moins, en tout être capable de s'en pénétrer, que l'air en tout être qui peut le respirer.


Un tel me méprisera ? Ce sera son affaire. La mienne, c'est que je ne sois jamais pris à faire ou à dire quelque chose qui soit digne de mépris. Un tel va me haïr ? Ce sera son affaire. Mais la mienne sera de me montrer bienveillant et doux à l'égard de tous.


La bienveillance est invincible, si elle est sincère, sans grimacerie et sans hypocrisie. Que pourra te faire, en effet, le plus violent des hommes si tu persistes à rester pour lui bienveillant, et si, à l'occasion, tu l'exhortes avec douceur, et, au moment même où il essaie de te faire du mal, tu entreprends tranquillement de le faire changer d'avis... Il faut alors le faire sans ironie, sans aigreur, mais affectueusement et sans rancune au fond de l'âme, et non comme un maître à l'école, ni pour te faire admirer d'un témoin, mais adresse-toi à lui seul, même s'il y a des gens qui sont autour.


Songe que tout n'est qu'opinion, et que l'opinion elle-même dépend de toi. Supprime donc ton opinion. Et, comme un vaisseau qui a doublé le cap, tu trouveras mer apaisée, calme complet, golfe sans vagues.


Pensées pour moi-même (Flammarion).

APERÇU BIOGRAPHIQUE


Marc-Aurèle est un empereur philosophe qui réussit à unir le pouvoir et la sagesse, objectif de bien des philosophes avant lui (entre autres Platon). Né en 121, il eut une enfance et une jeunesse heureuses. Après la mort de son père, il fut adopté par son oncle Antonin, lequel fut lui-même adopté comme successeur par l'empereur Hadrien. C'est par ce biais qu'il se retrouva empereur en 161 à l'âge de 39 ans. Il associa immédiatement à ce statut son frère d'adoption Lucius.

L'année même de leur accès au pouvoir, de nombreuses difficultés commencèrent à surgir pour l'empire romain : invasion des Parthes puis des peuples germaniques, rebellions internes, et surtout catastrophes naturelles : inondations du Tibre, tremblements de terre, et une terrible épidémie de peste. Marc-Aurèle fit face à tout et gouverna en ces temps difficiles avec justice et sagesse. Il mourut à Vienne en 180.


L'OEUVRE


Marc-Aurèle entretint avec son maître de rhétorique Fronton une longue correspondance qui nous renseigne sur sa vie de 139 à 166. Mais il est surtout connu pour les Pensées, qu'il composa à la fin de sa vie et qui constituent un manuel de sagesse unique au monde. Celles-ci correspondent pour la plupart à des exercices spirituels écrits, recommandés par les stoïciens. Marc-Aurèle y médite pour lui-même sur le sens de la vie et l'accord avec la nature, c'est-à-dire avec la sagesse cosmique, la raison humaine, et la raison individuelle. Il s'exprime de manière forte et précise, dans des formules qui "frappent au coeur".

- Pensées pour moi-même (Arlea - 1998).

- Pensées pour moi-même, suivies du Manuel d'Épictète (Flammarion - 1999).

- Soliloques (le Livre de Poche - 1998).

- Pensées (Slatkine - 1996)

MILAREPA

Chez certains, la pensée de l'état de sérénité ne consiste que dans la représentation corporelle des dieux qu'ils méditent. Ce n'est en rien l'essence de la sérénité... D'abord on s'abandonne à un sentiment d'intérêt pour des être déterminés qu'on se représente. Ensuite la clairvoyance épure ce sentiment de tout lien avec les images concrètes. Enfin on demeure dans un état permanent de prière désintéressée, abstraite et générale à l'intention de toutes les créatures. J'ai compris que c'est là la meilleure de toutes les voies.

Je me prosterne aux pieds de Marpa plein de grâces.

Dans le monastère de montagne qu'est mon corps,

Dans le temple de ma poitrine.

Au sommet du triangle de mon coeur,

Le cheval qu'est mon âme vole comme le vent...

Si je l'arrête, je l'arrêterai avec le lasso de l'Absolu.

Si je l'attache, ce sera au pieu de la méditation profonde.

S'il a faim, je le nourrirai des préceptes du lama.

S'il a soif, je l'abreuverai au courant de la mémoire.

S'il a froid, je l'abriterai dans l'enceinte du rien...

Sa cotte de mailles sera faite d'attention, de réflexion et de méditation.

Il portera dans le dos le bouclier de l'endurance.

Il tiendra la lance de la contemplation.

L'épée de la sagesse sera fixée à son côté.

Si le bambou qu'est son esprit est flexible,

Il le redressera sans révolte.

Il le revêtira de l'empennage des quatre vertus infinies.

Il lui fixera la pointe aiguë de la sagesse.

Ayant apposé l'encoche profonde de la compassion 

A l'arc de l'irréalité des choses,

Il lancera ses flèches par tous les mondes.

Ce qu'il atteindra, ce sont les croyants.

Ce qu'il tuera, c'est leur égoïsme...

Ami, il protégera les six classes de créatures.

S'il galope, il galopera dans les plaines de la félicité immense...

Chevauchant un pareil cheval, on atteint l'Éveil.

Voyez si votre bonheur est comparable.

Le monde n'offre pas de bonheur désirable.


Rejetez ce que l'égoïsme fait paraître bien mais qui nuit aux créatures. Faites ce qui paraît péché, mais profite aux créatures. En un mot agissez de manière à ne pas rougir de vous-même... A quoi bon méditer sur la patience si elle ne répond aux injures... Commencez par aimer votre prochain et désirez devenir Bouddha pour lui.


La pensée du néant des choses engendre la compassion, 

La compassion abolit l'espace entre soi et les autres, 

L'unité de soi et des autres réalise le bien d'autrui. 


Cette union de la vacuité et de la compassion 

n'est comparable à rien de ce qu'on peut obtenir. 

Ce recueillement méditatif qui ignore toute faim 

ne peut être égalé à la viande et à la bière. 

Ce breuvage du flot continuel de l'Éveil 

n'a rien à voir avec les boissons habituelles. 

Ce contentement qui jaillit du dedans 

n'est comparable à aucun bien ni aucune richesse... 

J'agis dans l'obscurité et cependant tout est clair... 

J'agis là où il n'y a nulle joie, et pourtant je suis joyeux. 

Cette vie onirique est joyeuse, et moi, le yogi, j'exulte de bonheur.


Je suis un yogi qui chante d'allégresse 

et ne souhaite pas d'autre joie. 

Vieil homme solitaire et nu, 

un hymne jaillit de mes lèvres, 

la Nature est pour moi un livre. 

Le bâton à la main, je traverse l'océan mouvant de la vie, 

maître de l'Esprit et de la Lumière.


Extraits de la Biographie (trad.J.Bacot) et des Cent Mille Chants (trad..J. Lamothe)

(Fayard - Coll. Documents spirituels).

APERÇU BIOGRAPHIQUE


Mila vêtu de coton (répa), c'est-à-dire très légèrement, doit son nom à une pratique reçue de son maître Marpa : le yoga du feu intérieur, destiné à stimuler les énergies par l'exposition au froid. Il indique, plus largement, la voie ascétique empruntée par ce grand mystique tibétain dans les solitudes himalayennes. La vie de Milarépa nous est rapportée par son fils spirituel Rétchungpa qui la recueillit de sa bouche peu de temps avant sa mort. 

Elle se déroule en trois temps bien tranchés. D'abord une période de sorcellerie : dépouillé de ses biens par ses proches parents à la mort de son père, Mila, poussé par sa mère, recourt à la magie noire pour exterminer ses ennemis. Ensuite, une période de conversion : horrifié par son crime, il se repent et se met en quête d'un maître ; celui-ci (Marpa) le soumet alors à une série d'épreuves pour le purifier. Enfin le temps de l'éveil : rentré chez lui où il retrouve sa maison en ruines et sa mère morte, il part vivre en ermite sur la montagne où il connaît la plus haute illumination. 

Son expérience débouche sur une poésie mystique particulièrement inspirée et sur la création d'un ordre religieux : celui des Kagyupa. Mais sa renommée et son influence sur la spiritualité tibétaine ont débordé le cadre de cet ordre.


L'OEUVRE


Nous connaissons aujourd'hui Milarépa à travers sa biographie et ses poèmes. Ses "Cent Mille Chants" (Gurbum), improvisations poétiques recueillies par ses disciples, comptent parmi les plus beaux textes de la littérature mystique. Ils sont aussi des enseignements délivrés pour encourager les disciples dans la pratique de la voie.

- Milarépa, ses méfaits, ses épreuves, son illumination, traduit du tibétain par Jacques Bacot, (Fayard - 1971). Collection "Documents spirituels".

- Milarépa, les Cent Mille Chants, traduit du tibétain par Marie-José Lamothe. (Fayard - ) Collection "Documents spirituels".

MONTAIGNE

La vérité est chose si grande, que nous ne devons dédaigner aucune entremise qui nous y conduise. La raison a tant de formes, que nous ne savons à laquelle nous prendre, l'expérience n'en a pas moins...


Je m'étudie plus qu'autre sujet. C'est ma métaphysique, c'est ma physique... De l'expérience que j'ai de moi, je trouve assez de quoi me faire sage, si j'étais bon écolier. Qui remet en sa mémoire l'excès de sa colère passée et jusques où cette fièvre l'emporta, voit la laideur de cette passion mieux que dans Aristote, et en conçoit une haine plus juste. Qui se souvient des maux qu'il a courus, de ceux qui l'ont menacé, des légères occasions qui l'ont remué d'un état à l'autre, se prépare par là aux mutations futures et à la reconnaissance de sa condition. La vie de César n'a pas plus d'exemples pour nous que la nôtre... Écoutons-y seulement : nous nous disons tout ce dont nous avons principalement besoin...


L'expérience m'a encore appris ceci, que nous nous perdons d'impatience. Les maux ont leur vie et leurs bornes, leurs maladies et leur santé.... Il ne faut ni obstinément s'opposer aux maux, ni leur succomber mollement, mais leur céder naturellement, selon leur condition et la nôtre... laissons faire un peu la nature : elle entend mieux ses affaires que nous... Il faut apprendre à souffrir ce qu'on ne peut éviter. Notre vie est composée, comme l'harmonie du monde, de choses contraires et de divers tons, doux et âpres, aigus et plats, mols et graves. Le musicien qui n'en aimerait que les uns, que voudrait-il dire ? Il faut qu'il sache s'en servir en commun et les mêler. Et nous aussi les biens et les maux, qui sont consubstantiels à notre vie...


Je hais qu'on nous ordonne d'avoir l'esprit aux nues, pendant que nous avons le corps à table. Je ne veux pas que l'esprit s'y cloue ni qu'il s'y vautre, mais je veux qu'il s'y applique... Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors, et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues d'objets étrangers quelque partie du temps, je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude et à moi. 


Nous sommes de grands fous : "Il a passé sa vie dans l'oisiveté, disons-nous ; je n'ai rien fait d'aujourd'hui. - Quoi, n'avez-vous pas vécu ? C'est non seulement la fondamentale, mais la plus illustre de vos occupations. Ah ! si on m'avait donné l'occasion de traiter de grandes affaires, j'aurais montré ce que je savais faire. - Avez-vous su méditer et conduire votre vie ? Alors vous avez fait la plus grande besogne de toutes." Composer nos moeurs est notre office, non pas composer des livres et gagner des batailles et des provinces, mais l'ordre et tranquillité à notre conduite. Notre grand et glorieux chef-d'oeuvre, c'est vivre à propos... Il n'est rien si beau et légitime que de faire bien l'homme et dûment, ni science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie ; et de nos maladies la plus sauvage, c'est mépriser notre être.


C'est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. Nous cherchons d'autres conditions, pour n'entendre l'usage des nôtres, et sortons hors de nous, pour ne savoir quel il y fait... J'ai un dictionnaire tout à part moi : je "passe" le temps, quand il est mauvais et incommode ; quand il est bon je ne le veux pas "passer", je le goûte, je m'y tiens. Il faut courir le mauvais et se rasseoir au bon ... nature nous a mis la vie en main, garnie de telles circonstances, et si favorables, que nous n'avons à nous plaindre qu'à nous si elle nous presse et si elle nous échappe inutilement... Je me prépare pourtant à la perdre sans regret, mais comme perdable de sa condition, non comme pénible et importune.


Pour moi donc, j'aime la vie et la cultive telle qu'il a plu à Dieu de nous l'octroyer... J'accepte de bon coeur, et reconnaissant, ce que nature a fait pour moi, et m'en contente et m'en loue. On fait tort à ce grand et tout-puissant donneur de refuser son don, de l'annuler et défigurer. Tout bon, il a fait tout bon.


Essais, Livre III, ch.13.

APERÇU BIOGRAPHIQUE


Michel Eyquem de Montaigne est né en 1533 en Dordogne. Devenu magistrat, il se lia à Bordeaux avec Étienne de la Boétie qui lui fit connaître le stoïcisme. Après de brefs séjours à la cour et un long voyage en Europe, il se retira sur ses terres, investi d'un mandat municipal. C'est là qu'il donna corps au grand ouvrage de sa vie : les Essais, pour lequel il avait déjà regroupé un certain nombre de notes. Se prenant lui-même pour objet d'observation et de réflexion, il débouche sur un humanisme de portée universelle. "Chaque homme porte en lui la forme entière de l'humaine condition." Après avoir été accusé de vanité haïssable, il est considéré aujourd'hui comme l'un de nos meilleurs philosophes. Montaigne est mort en 1592 à l'âge de 59 ans.


L'OEUVRE


Les Essais sont le chef-d'oeuvre de Montaigne. Son ouvrage, sans doute l'un des plus lus et des plus commentés de notre littérature, se développe en trois livres. Les éditions ne manquent pas et l'on trouvera sans difficulté des versions modernisées de son texte, échappant aux archaïsme du vieux français. Toutefois, celui-ci a son charme et, s'il rebute certains, il peut en séduire d'autres.

NAGARJUNA

Sachant que les possessions sont éphémères et sans substance

Pratique avec respect la générosité...

Il n'est pas de meilleur ami que le don.


Développe les perfections incommensurables :

La générosité, le respect d'autrui, la patience,

La persévérance, la méditation ainsi que la sagesse,

Et deviens le Vainqueur Souverain

Ayant traversé l'océan de l'existence.Considère comme des ennemis :

L'avarice, la dissimulation et la tromperie,

L'attachement, l'indolence, l'orgueil et la concupiscence,

L'aversion et la vanité liée au statut social,

à l'apparence physique, au savoir, à la jeunesse et au pouvoir.


Le Puissant proclama l'attention comme la source de l'immortalité

Et l'inattention comme celle de la mort.

C'est pourquoi, afin d'accroître les facteurs positifs,

Cultive sans relâche l'attention respectueuse.


Tu affirmes : "Celui-ci m'a insulté, terrassé, ligoté,

Celui-là m'a dérobé mes biens.

Une telle rancune engendre les querelles,

qui abandonne le ressentiment dormira heureux.


O connaisseur du monde, gains et pertes, plaisirs et douleurs,

Paroles plaisantes et déplaisantes, louanges et blâmes,

Telles sont les huit attaches mondaines.

Sans valeur pour ton esprit, regarde-les sereinement.


Le Puissant a dit que la confiance, la non-nuisance, le don,

L'étude, le respect de soi-même, le respect d'autrui,

Et la sagesse constituent les sept pures richesses.

Reconnais les autres possessions comme insignifiantes.


Le Maître des hommes et des dieux a déclaré

Que de toutes les possessions le contentement est la meilleure

Sois toujours satisfait car celui qui connaît la satisfaction

Même s'il ne possède rien est véritablement riche.


O gracieux roi l'abondance des biens est douloureuse

Mais ceux de faibles désirs n'en sont pas affectés.

C'est pourquoi les souffrances des suprêmes nagas

Sont proportionnelles au nombre de leurs têtes.


Une once de sel modifie la saveur d'un peu d'eau

Mais pas celle de Gange.

De même, de faibles actions nuisibles

ne détruiront pas de vastes racines de bien.


Je ne suis pas au-delà de la maladie, de la vieillesse, de la mort

De la séparation d'avec l'agréable et pas davantage

Du résultat des actes accomplis.

L'antidote constitué par la répétition de cette évidence

Mettra fin à la vanité.


L'existence soumise à de nombreux maux

Est encore plus éphémère qu'une bulle ballottée par le vent.

Quelle notable merveille que d'inspirer après avoir expiré

Et de se réveiller du sommeil !

Ainsi tout est impermanent et dépourvu de substance.

Sans refuge ni protecteur, ni lieu d'attache.O grand homme, développe le détachement du cycle sans essence

Pareil au bananier sans moelle.

Tu possèdes les quatre grandes roues,

Résider dans un lieu favorable,

S'appuyer sur des êtres saints, être d'une nature religieuse

Et avoir un passé qui pèse en ta faveur.


Le Puissant a déclaré que s'appuyer sur un ami spirituel vertueux

permets l'accomplissement de la vie spirituelle.

Tout comme beaucoup ont obtenu la paix en faisant confiance au Vainqueur.

Remets t'en aux sages.


Même si un feu prenait soudain dans tes vêtements ou sur ta tête

Plutôt que de te préoccuper de l'éteindre

Efforce-toi de mettre fin au devenir.

Il n'y a pas de dessein plus excellent.


Au moyen de l'éthique, de la sagesse et de la méditation réalise

L'au-delà de la souffrance, l'état immaculé de contrôle et de paix

Éternel, immortel, inépuisable, indépendant

De la terre, de l'eau, du feu, de l'air, de la lune et du soleil.


L'attention, la discrimination entre les phénomènes, la persévérance,

la joie, l'adaptabilité, l'absorption et l'équanimité

sont les sept branches de l'Éveil,

La collection de vertus, cause de l'obtention du nirvana.


Il n'y a pas de méditation sans sagesse

Ni de sagesse sans concentration.

Pour qui possède les deux, l'océan du devenir

Devient semblable à l'empreinte d'un boeuf dans l'eau.


La vue juste, le mode de vie juste, l'effort juste,

L'attention juste, la concentration juste, la parole juste, l'activité juste,

Et la juste contemplation sont les huit membre de la voie,

médite les afin d'accéder à la paix.


Le Vainqueur transcendant déclara l'esprit comme la racine de la vertu

Telle est l'instruction bénéfique fondamentale.

O intrépide, quel besoin d'en dire plus ?

Maîtrise-le !


Réjouis-toi des vertus de tous les êtres vivants

Et dédie-toi entièrement à l'obtention de la bouddhéité...

Puis secours de nombreux êtres affligés

Au moyen de l'activité du puissant et miséricordieux Avalokiteshvara.


Ayant répandu sur terre, dans l'espace et dans les régions célestes

La gloire immaculée de la sagesse, de l'éthique et de la générosité,

Pacifie entièrement les délices des hommes et des dieux...

Consume la peur, la naissance et la mort

De la multitude des êtres soumis aux perturbations

Et parachève l'état du Puissant Vainqueur, état sans faille,

sans nature propre, transcendant, immortel et paisible.


Extraits de la Lettre à un ami (Dharma - 1993)

APERÇU BIOGRAPHIQUE


Nâgârjuna est un moine bouddhiste indien des IIème et IIIème siècles. Nous ne connaissons pas grand-chose de sa vie, si ce n'est à travers de nombreuses légendes. Il semble qu'il soit originaire de Vidarbha et qu'il fut l'élève d'un brahmane : Râhulabhadra. Il fut ordonné moine à Nâlanda et y devint très vite responsable de l'université. Il bénéficia alors de la protection royale et put y développer et y enseigner l'essentiel de sa pensée. Il est considéré aujourd'hui comme le plus grand métaphysicien bouddhiste et de surcroît un mystique de grand envergure. Le bouddhisme tibétain le regarde comme l'un de ses maîtres les plus importants, et le Ch'an, ainsi que le Zen, le reconnaissent comme le quatorzième patriarche indien dans la succession des maîtres depuis le Bouddha. Il est le fondateur de l'école philosophique dite du "Milieu" et le grand théoricien de la Vacuité qui est devenue une notion fondamentale du bouddhisme mahâyâna. 


BIBLIOGRAPHIE CHOISIE


1) Oeuvres de Nâgârjuna

Traité du Milieu (Seuil - 1995) coll. Points Sagesses. 

Un ouvrage aride, difficile à comprendre, mais un des piliers de la métaphysique bouddhiste.
Nâgârjuna, stances du milieu par excellence, 

traduit, présenté et annoté par Guy Bugault (Gallimard - 2002).
La Précieuse Guirlande des avis au roi
(Éd.Yiga Tcheu Dzinn - 1981).

Une édition difficile à trouver.

La Lettre à un ami (Dharma - 1993).

2) Livres sur Nâgârjuna ou son oeuvre
Chandrakirti,
Entrée au milieu (Dharma - 1988).

Gomang Khensur Rinpoché : l'Idéalisme et l'école du Milieu, (Dharma - 1989).

Tsongkhapa: Le Grand Livre de la progression vers l'éveil II, (Dharma - 1992).

Vivenza, Jean-Marc, Nâgârjuna et la doctrine de la vacuité (Albin Michel Spiritualités - 2001).